• L'homme qui tua Liberty Valence

     

     

    Avant les vacances, un petit western avec lycéens au cinéma. RDV les 9 et 10 février 2017 au cinéma Le Mercury.  

    L'homme qui tua Liberty Valence

     

    UN PÈLERINAGE DANS L’OUEST
    Au début du XXe siècle, le sénateur Ransom Stoddard et sa femme Hallie se
    rendent dans une petite ville de l’Ouest pour assister à l’enterrement d’un
    vieil ami, Tom Doniphon. C’est l’occasion pour le sénateur de raconter à la
    presse locale le rôle de cet inconnu dans sa vie et dans l’histoire de la région.
    Premier flashback : des années auparavant, alors qu’il voyage en diligence,
    Stoddard est attaqué et laissé pour mort par Liberty Valance, un hors-la-loi
    célèbre. Doniphon le recueille, le présente à Hallie, dont il est amoureux, et
    lui conseille de s’armer pour régler ses comptes. Stoddard refuse et préfère
    tenter de faire appliquer la loi jusqu’à ce qu’il n’ait plus le choix : au cours
    d’un duel nocturne, il tue le bandit, devenant immédiatement une légende de
    l’Ouest, ce qui lui assure de faire carrière dans la politique et d’épouser Hallie.
    Mais un deuxième flashback est intégré dans le premier ; les ruelles sombres
    de la ville abritent un secret qui remet en cause la légende de « l’homme qui
    tua Liberty Valance ». Grâce à cette construction rétrospective, le film propose
    à la fois un western et une théorie du western, une réflexion sur son imaginaire
    et son rapport à l’histoire. Il montre comment et pourquoi la conquête de l’Ouest
    a constitué le mythe fondateur de la nation américaine et il s’interroge avec
    mélancolie et humour sur la pertinence de ce mythe.

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  • Commentaires

    1
    Charles et Simon
    Jeudi 8 Juin à 13:17

    « L’Homme qui tua Liberty Valence », de John Ford, est un western en blanc et noir et en anglais (sous-titré en Français) sorti en 1962. Il met en scène l’histoire d’un avocat en 1910 qui se fait attaquer par le fameux Liberty Valance, un bandit bien connu des terres du Far West qui terrorise la population de Shinbone (et ses environs). L’avocat Stoddart va essayer de se venger grâce à la puissance juridique, malheureusement ignorée dans cette contrée.

    Le film évoque avec brio l’état que pouvait avoir l’arrière pays, où l’état semble être totalement ignoré, et où seules les armes savent régner.

    La manière de filmer est cependant très satisfaisante, cela permet d’exprimer plus que par la simple parole. Les personnages sont plus complexes qu’ils laissent penser.

     Ce qui gâche malheureusement toute l’intrigue est le simple fait que la fin est prévisible, ainsi que parfois certaines scènes sans trop d’utilité, un peu trop allongées.

     

    2
    Maryan et Steve
    Jeudi 8 Juin à 13:19

    L’Homme qui tua Liberty Valance est un film nostalgique. Ford y célèbre pour la dernière fois les valeurs de l’Ouest américain, tout en annonçant leur disparition en faveur du progrès de la démocratie et de l’industrialisation. Le fait que les personnages principaux soient au nombre de trois a son importance. Chacun à sa manière symbolise un des visages de l’Amérique. Liberty Valance (incroyable Lee Marvin, l’un des meilleurs « méchants » de l’histoire du cinéma américain) est la part sombre de l’individualisme de l’Ouest. Il n’obéit qu’à la loi du plus fort (en l’occurrence lui-même), et chacun de ses désirs doit être satisfait sur le champ, même s’il faut recourir au meurtre. John Ford accroît la terreur qu’inspire sa présence à la population de Shinbone en raréfiant et en théâtralisant chacune de ses apparitions. Au fond, le deuxième personnage, Tom Doniphon, a beaucoup plus d’affinités existentielles avec ce voyou égoïste qu’avec Ransom Stoddard. Mais il a décidé de mettre son individualisme au service de la justice et de l’honnêteté. Il sait qu’à l’Ouest, une bonne gâchette vaut mieux que tous les livres de loi imaginables. Mais il reconnaît aussi, en acceptant sa défaite (amoureuse et « héroïque ») face à Stoddard que son monde est voué à disparaître. L’Ouest qu’incarne le cow-boy John Wayne ne peut plus résister à l’invasion du chemin de fer et à la progressive constitution des « États-Unis ». Sa mort sonne le glas d’une époque, sur laquelle John Ford se permet de verser quelques larmes.

    Mais si Ford s’était contenté de cette opposition entre les deux faces de Janus, son Liberty Valance n’aurait peut-être été qu’un western de plus dans la carrière du grand cinéaste. Coup de maître, il introduit un troisième personnage, un autre « bon », Ransom Stoddard, dont les motivations et les valeurs sont bien différentes de celles de Tom Doniphon. Le véritable duel est celui qui oppose ces deux faces du bien, ces deux philosophies de l’Amérique : celle d’un homme pour qui seul compte son bien-être et celui de son entourage ; et celui pour lequel l’engagement collectif en faveur du progrès est l’unique source de bonheur. Ransom Stoddard n’est peut-être pas le héros auquel va spontanément la sympathie du spectateur, mais l’Histoire lui donnera raison. John Ford le charge de symboliser les valeurs américaines que le vieux cinéaste a défendu avec acharnement durant sa longue carrière: Stoddard soutient la liberté de la presse, créé une école où il enseigne l’égalité entre les hommes, il organise des élections libres… Finalement, il ne serait pas faux de dire que, pour Ford, Tom Doniphon et Ransom Stoddard sont complémentaires. Tous deux expriment la complexité de la philosophie fordienne : exaltation du courage, de la virilité, de « l’homme fort », mais lutte contre l’injustice et défense des opprimés.

    L’ironie du sort réside dans cette dernière réplique, devenue mythique, du journaliste qui refuse de publier le véritable nom de l’assassin de Liberty Valance et qui s’explique en ces termes : « à l’Ouest, quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende. » Cet Ouest qu’incarnait si bien Tom Doniphon, et pour lequel il est mort, c’est Ransom Stoddard qui en récolte tous les fruits… Mais la victoire est amère. Contrairement à la plupart des films de Ford, L’Homme qui tua Liberty Valance ne finit pas sur un happy-end ou une note d’espoir. Le couple formé par Ransom et Hallie ne semble pas vraiment heureux, car leur vie commune est basée sur un mensonge et sur une mutuelle incompréhension. Mais le plus triste au fond, c’est qu’avec ce film disparaît toute une époque, celle du mythe de l’Ouest en tant qu’idéal du cinéma américain. L’Homme qui tua Liberty Valance est l’un des premiers westerns funèbres. Ford voulut être au premier rang pour enterrer dignement ce genre dont il restera à jamais le maître.

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